Psychothérapie et psychanalyse des enfants

Lampe en forme de lune

Quand l’enfant parle avec ses mots, son corps et son jeu

Recevoir un enfant en psychothérapie, comme psychothérapeute et psychanalyste, ce n’est pas seulement écouter ce qu’il dit.

C’est aussi écouter ce qu’il ne peut pas encore dire.

Un enfant parle avec ses mots, bien sûr, mais également avec son corps, ses silences, ses dessins, ses jeux, ses répétitions, ses colères, ses peurs, ses inventions. Il parle parfois à travers un symptôme qui semble lui appartenir et qui, pourtant, peut aussi être pris dans l’histoire des liens qui l’entourent.

C’est pourquoi je ne commence pas nécessairement par demander à l’enfant : « Pourquoi fais-tu cela ? »

Je cherche d’abord à comprendre dans quel monde il vit, quelles places lui sont proposées, ce qu’il semble devoir porter, et s’il peut trouver auprès de moi un espace où il n’a pas besoin de savoir immédiatement qui il doit être.

Dans cette approche, la pensée de Donald W. Winnicott m’est particulièrement précieuse.

Winnicott a montré combien le développement de l’enfant dépend de la qualité de son environnement et de la possibilité de disposer d’un espace suffisamment sécurisant pour jouer, expérimenter et devenir progressivement lui-même. Le jeu n’est pas, pour lui, un simple divertissement ajouté au travail thérapeutique : il constitue un lieu essentiel où l’enfant peut créer, éprouver, transformer et mettre en scène ce qui, autrement, resterait difficilement pensable.

Dans cet espace de jeu, l’enfant n’est pas seulement celui que les adultes viennent nous présenter.

Il peut devenir celui qui nous montre quelque chose de lui.

C’est une différence importante.

Car lorsqu’un enfant arrive en consultation, il arrive souvent précédé par une histoire racontée par les adultes : « il est violent », « elle est anxieuse », « il ne dort pas », « il est jaloux », « il fait des crises », « il ne veut plus aller à l’école ».

Ces paroles sont nécessaires. Elles constituent une première porte d’entrée.

Mais elles ne sont pas encore la parole de l’enfant.

Mon travail consiste alors à écouter les parents, à entendre ce qui les inquiète, ce qu’ils vivent eux-mêmes, les événements qui traversent la famille et les relations dans lesquelles l’enfant grandit. Je peux être amenée à rencontrer l’enfant seul, mais je considère souvent que le travail avec les parents et avec les liens familiaux est une partie essentielle de l’accompagnement.

Je travaille peu directement avec les très jeunes enfants. Lorsque je les reçois, c’est généralement parce qu’un symptôme ou une difficulté de l’enfant vient signaler quelque chose qui mérite d’être entendu dans l’ensemble des liens familiaux.

Il ne s’agit pas de dire que « l’enfant est le problème ».

Au contraire.

Il s’agit de se demander ce que son symptôme vient peut-être mettre en mouvement dans une famille.

L’enfant peut être celui qui porte quelque chose que les adultes n’arrivent plus à porter eux-mêmes. Il peut devenir le lieu où se déposent des conflits, des peurs, des attentes ou des histoires qui le dépassent.

Mais il faut rester prudent.

L’enfant n’est jamais seulement le symptôme de sa famille.

Il est un sujet.

Et c’est précisément ce sujet que je cherche à rencontrer.

Jouer avant de comprendre

Chez Winnicott, le jeu occupe une place centrale parce qu’il permet à l’enfant de faire l’expérience d’une zone où le monde extérieur et son monde intérieur peuvent se rencontrer sans qu’il soit nécessaire de choisir immédiatement entre les deux.

C’est dans cet espace que quelque chose peut se créer.

Le psychothérapeute n’a donc pas toujours à expliquer ce que l’enfant fait.

Il doit parfois simplement être suffisamment présent pour que le jeu puisse avoir lieu.

Cette idée me rejoint profondément.

Je crois qu’il existe des moments où une interprétation trop rapide pourrait même fermer quelque chose.

Un enfant qui frappe peut être agressif.

Mais il peut aussi être pris dans une guerre qui n’est pas la sienne.

Un enfant qui a peur peut être anxieux.

Mais il peut aussi avoir besoin que quelqu’un puisse enfin avoir peur avec lui, sans lui demander de devenir raisonnable.

Un enfant qui ne sourit pas peut être triste.

Mais il peut aussi avoir appris qu’il fallait être sérieux.

Et un enfant qui joue à cache-cache peut simplement jouer à cache-cache.

Ou peut-être pas.

C’est justement parce que je ne veux pas décider trop vite que j’écoute.

Le jeu permet parfois à l’enfant de retrouver une expérience qui précède les explications : être là, faire, inventer, être surpris, rire, disparaître et réapparaître, chercher l’autre et être retrouvé.

Il y a dans le cache-cache quelque chose de très simple.

Je disparais.

Tu me cherches.

Je réapparais.

Tu es là.

Je suis là.

Et pendant ce temps-là, le monde tient.

La place des parents

Le travail avec l’enfant ne peut pas, à mes yeux, être séparé du travail avec les adultes qui l’entourent.

Recevoir les parents ne signifie pas les désigner comme responsables de ce qui arrive à leur enfant.

Les parents eux-mêmes sont pris dans leur histoire, leurs blessures, leurs séparations, leurs impossibilités, leurs propres représentations de l’enfant et de ce qu’ils voudraient pouvoir lui transmettre.

Il s’agit donc aussi de leur offrir un espace où ils puissent penser leur place.

Parfois, un déplacement chez les parents permet à l’enfant de ne plus avoir à porter ce qui n’a jamais dû lui appartenir.

C’est particulièrement important lorsque l’enfant est pris dans des projections très fortes : être « le méchant », « le fragile », « celui qui ressemble au père », « celle qui ressemble à la mère », « celui qui réussit », « celle qui échoue ».

L’enfant peut alors être enfermé dans une place qui précède sa propre parole.

Le travail consiste à desserrer cette place.

À lui permettre de redevenir quelqu’un.

Quelqu’un qui peut aimer et détester.

Être jaloux et généreux.

Avoir peur et être courageux.

Se tromper.

Rire.

Pleurer.

Et surtout, ne pas être obligé de représenter quelqu’un d’autre.

Une clinique de la rencontre

Ma manière de travailler avec les enfants est donc une clinique de l’écoute et de la rencontre.

Elle s’inspire de la psychanalyse, de la psychopathologie psychanalytique et de ce que la psychothérapie institutionnelle m’a appris : ne jamais considérer un sujet comme définitivement enfermé dans une catégorie.

Elle s’inscrit aussi dans une attention aux liens familiaux et à la manière dont chacun peut être pris dans le désir, les attentes et les conflits des autres.

Je ne cherche pas à faire entrer l’enfant dans une théorie.

Je cherche à rencontrer l’enfant qui se trouve devant moi.

Parfois, cette rencontre passe par la parole.

Parfois par le dessin.

Parfois par une histoire.

Parfois par un petit personnage ou un objet trouvé dans le cabinet.

Et parfois par une partie de cache-cache.

Ce qui compte alors n’est pas seulement que l’enfant aille mieux.

C’est qu’il puisse faire l’expérience qu’il existe un endroit où il n’a pas à être celui que les autres ont déjà nommé.

Un endroit où il peut être autre chose.

Peut-être simplement un enfant.

Un enfant qui joue.

Qui rit.

Qui se cache.

Qui réapparaît.

Et qui, pendant un instant, n’est plus le symptôme de personne.

Il est lui.

Et peut-être est-ce là une des questions essentielles de la psychanalyse avec l’enfant :

que faut-il qu’un adulte puisse entendre, ou cesser de vouloir savoir, pour qu’un enfant puisse enfin commencer à dire qui il est ?

Je ne crois pas que nous ayons à répondre trop vite à cette question.

Peut-être devons-nous d’abord accepter de jouer.

Et attendre de voir ce qui, dans le jeu, commence à apparaître.

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En pratique

Le premier rendez-vous se fait avec les parents, au cabinet, à Montpellier, quartier Beaux-Arts.

Séances de quarante-cinq à cinquante minutes, 60 €.
Cabinet 3 rue Belmont, 34090 Montpellier, quartier Beaux-Arts.